RTi Mora II : une PCP bullpup dont la puissance est bridée en usine
Le fabricant slovène RTI Arms a mis en circulation la deuxième génération de sa carabine PCP Mora, une bullpup présentée au salon IWA OutdoorClassics 2026. Hard Air Magazine a signalé le 4 septembre 2026 son arrivée en stock chez le distributeur américain Airguns of Arizona, dans toutes les longueurs et tous les calibres, au prix de 2 499 dollars. Sur sa propre boutique en ligne, RTI Arms affiche la version Compact à 1 999 euros.
Pour un tireur français, l'élément déterminant n'est pourtant ni le tarif américain ni la fiche marketing. C'est une phrase que le fabricant place en tête de sa page produit : la puissance de chaque exemplaire est fixée en usine pour correspondre à la réglementation d'énergie du pays de destination. Autrement dit, le classement réglementaire de cette carabine est arrêté avant la livraison, pas après.
Trois longueurs, cinq calibres, une architecture bullpup
La Mora se décline en trois configurations, qui se distinguent par la longueur de canon, l'encombrement total et le volume de la bouteille en carbone. Les valeurs suivantes proviennent de la fiche technique publiée par RTI Arms, consultée le 5 septembre 2026.
| Version | Canon | Longueur totale | Bouteille carbone |
|---|---|---|---|
| Compact | 500 mm | 785 mm | 500 cm³ |
| Standard | 600 mm | 885 mm | 700 cm³ |
| Sniper | 700 mm | 985 mm | 1 100 cm³ |
Les calibres vont du 4,5 mm au 9 mm, avec des kits de conversion permettant de changer de calibre sur la même carcasse. La pression de remplissage plafonne à 300 bar, la pression régulée s'étage de 100 à 200 bar, et le chargeur accepte 23 plombs en 4,5 mm contre 9 en 9 mm. Hard Air Magazine relève le 4 septembre 2026 une masse comprise entre 9 et un peu plus de 10 livres selon la version, soit une arme qui se tire posée plutôt qu'à bras francs.
Un double détendeur réglable de l'extérieur
L'évolution technique la plus commentée de cette génération est le bloc à deux détendeurs, ajustables sans démonter l'arme. Hard Air Magazine décrit un second étage à ressort hélicoïdal, censé affiner le réglage et limiter la dérive du détendeur en cours de séance. L'objectif est classique en tir de précision à air comprimé : maintenir une vitesse constante d'un coup à l'autre, condition de tout groupement serré à distance.
Le reste du cahier des charges va dans le même sens. Le rail Picatinny de 190 mm se règle en inclinaison de 20 à 150 MOA, la détente à deux bossettes descend jusqu'à 200 grammes, et deux manomètres distincts affichent la pression de la bouteille et celle du plénum. Le levier d'armement est passé du côté droit. On retrouve la même logique d'ajustement fin que sur la Reximex Apex, dont le rail se règle en hauteur.
Sept, seize, vingt ou vingt-quatre joules, au choix du pays
La fiche technique de RTI Arms indique que la Mora est disponible en versions bridées à 7, 16, 20 ou 24 joules, en plus des configurations pleine puissance. Ces dernières atteignent 37 à 70 joules en 4,5 mm, 60 à 122 joules en 5,5 mm, 80 à 175 joules en 6,35 mm, 110 à 200 joules en 7,62 mm, et jusqu'à 305 joules pour la version Sniper en 9 mm.
Vingt joules séparent l'acquisition libre de la déclaration : au-delà de ce seuil, la même carabine cesse d'être une arme de catégorie D pour devenir une arme de catégorie C.
La conséquence pratique est nette. Une Mora livrée en 20 joules relève en France de la catégorie D et s'acquiert librement par un majeur. La même arme livrée en 24 joules bascule en catégorie C, avec déclaration et conditions d'acquisition. Quatre joules d'écart, deux régimes juridiques.
Un bridage d'usine, et non un réglage de tireur
C'est là que la Mora se distingue d'autres PCP récentes. Nous avions décrit le cas d'une carabine dont la catégorie change selon le réglage retenu par son propriétaire : la puissance y est une variable d'usage, ce qui rend le classement mouvant et met le tireur en position d'avoir à prouver l'état de son arme.
Le parti pris de RTI Arms est inverse. L'énergie est arrêtée à la commande, pour le marché visé, et l'arme arrive dans une configuration unique. Le tireur y gagne une situation lisible, à condition de comprendre qu'il ne peut pas remonter la puissance sans changer, de fait, la catégorie de son arme. Une PCP annoncée d'emblée sous le seuil, comme la Diana Bandit Tactical donnée pour 16 joules, obéit à la même logique de bridage assumé.
Ce qu'il reste à vérifier avant d'acheter
Trois points méritent d'être confirmés auprès du revendeur avant toute commande, et aucun ne figure dans les communiqués :
- l'énergie effective de l'exemplaire livré, en joules, et sa mention sur la facture ou la notice ;
- le calibre retenu, puisque le catalogue descend jusqu'au 4,5 mm et monte au 9 mm, avec des régimes très différents ;
- l'existence d'un réseau de service après-vente en France, la marque restant distribuée par un nombre limité d'enseignes.
Les autres nouveautés de la saison sont regroupées dans notre rubrique Matériel.
D'après Hard Air Magazine, 04/09/2026, et la documentation technique de RTI Arms consultée le 05/09/2026.
Questions fréquentes
- Une arme à air comprimé de 20 joules exactement est-elle en catégorie C ou en catégorie D ?
- Le basculement en catégorie C vise les armes à air comprimé dont l'énergie dépasse 20 joules. Un exemplaire mesuré à 20 joules reste donc en catégorie D, mais la marge est nulle et la mesure dépend du plomb utilisé. C'est la raison pour laquelle les fabricants qui visent le marché français brident nettement en dessous, à 16 joules par exemple.
- Que faut-il présenter pour acquérir une version au-dessus de 20 joules ?
- Une arme de catégorie C s'acquiert par un majeur sur présentation d'un permis de chasser validé ou d'une licence de tir en cours de validité, accompagnée d'un certificat médical. L'armurier procède ensuite à l'enregistrement de l'arme, qui apparaît au râtelier numérique du détenteur.
- Comment vérifier soi-même l'énergie réelle de sa carabine ?
- Il faut un chronographe et le poids exact du projectile employé. L'énergie se calcule à partir de la masse et de la vitesse mesurée à la bouche, et varie sensiblement d'un plomb à l'autre sur une même arme. Un relevé fait avec un projectile lourd et un autre avec un projectile léger peuvent donner des résultats éloignés.
- Le silencieux carbone livré avec la Mora pose-t-il un problème en France ?
- Les modérateurs de son ne sont pas classés comme des armes en droit français et se vendent librement. Leur emploi sur un pas de tir relève en revanche du règlement intérieur du stand, qui peut l'interdire ou l'encadrer, notamment pour des raisons de contrôle des vitesses.
En résumé
- La RTi Mora II est une bullpup PCP haut de gamme, vendue 2 499 dollars aux États-Unis et 1 999 euros en version Compact sur la boutique du fabricant.
- Son argument technique est un double détendeur ajustable sans démontage, destiné à stabiliser la vitesse d'un coup à l'autre.
- Son argument réglementaire est ailleurs : l'énergie est figée à la commande, ce qui fixe la catégorie française avant même la livraison.
- Ce choix rend le classement lisible, mais interdit de relever la puissance sans faire basculer l'arme dans une autre catégorie.
- L'acheteur français a donc intérêt à faire écrire l'énergie effective de son exemplaire sur un document, et pas seulement à la lire dans un catalogue.